Travaillant en tant qu’ingénieur d’études environnementales à la fois dans le milieu du nucléaire et celui de l’industrie "non-nucléaire", je suis souvent stupéfait du fossé parfois gigantesque entre le risque sanitaire réel et la réglementation (dans le sens d’une sur-protection, ou parfois d’une sous-protection).
Quelques exemples :
Dans le secteur privé, la manipulation de produits dangereux en laboratoire impose des règles très strictes : port de gants, de masque, de lunettes, travail sous hotte aspirante, etc... Alors que dans beaucoup d’endroits à l’université (et presque toujours par manque de moyens) : c’est le festival du grand n’importe quoi ! Je garde en mémoire cette chercheuse de l’Université de Marseille dont la mort a été reconnue comme issue des mauvaises pratiques dans son travail : elle manipulait souvent sans aucune protection des produits cancérigènes et est morte d’un cancer alors qu’elle avait demandé à plusieurs reprises des équipements de protection adaptés. Ironie du sort : elle travaillait dans la recherche sur les leucémies !
Dans le nucléaire, on nous impose une réglementation qui frise parfois le ridicule tellement les précautions et la lourdeur administrative dont gigantesques. La dose admissible maximale pour le personnel le plus exposé est 20 mSv par an (et quand on l’a atteint, je ne vous raconte pas l’histoire que ça déclenche). 20 mSv ? Ce n’est même pas la dose nécessaire pour observer le moindre effet biologique sur l’organisme. Dans plusieurs endroits en France, la radioactivité naturelle peut être supérieure. Et si vous passez deux scanners du tronc, vous avez cette dose !
Dans le nucléaire encore : on nous demande désormais souvent de dépolluer les sites jusqu’à des seuils de propreté qui sont nettement en dessous de la radioactivité naturelle du sol ? La logique ? Aucune, si ce n’est qu’il faut faire du "politiquement correct". Prenez le cas des pollutions dans l’industrie chimique (souvent, ce sont des pollutions anciennes) ou même des pollutions ménagères : je peux vous dire que les risques sanitaires ou environnementaux sont autrement plus grands, et pourtant on se bouscule beaucoup moins pour dépolluer, sauf quand le terrain prend suffisamment de valeur pour qu’un promoteur s’y intéresse. Cet antagonisme de la réglementation est complètement déconcertant.
Je pourrais multiplier les exemples, mais je formulerais plutôt des souhaits :
Qu’on ne réagisse plus par "retour de balancier" comme dans l’industrie nucléaire, où après qu’il y ait eu du laxisme sur la protection des travailleurs, on impose désormais une suprotection des travailleurs et de l’environnement, parfois dénuée de toute logique, qui coûte une fortune à la collectivité.
Que l’information au public soit éclairée et surtout équilibrée : j’en ai ras le bol de lire des multitudes d’affirmations complètement fausses dans les journaux, soit parce que les journalistes sont incompétents, soit parce que ça fait "vendre".