Le débat public est un outil remarquable, mais malheureusement loin de répondre à lui tout seul au problème.
Un bon exemple est le triste débat qui a eu lieu sur l’EPR. Pourtant, le sujet était d’importance, rien moins que le futur de la production d’électricité en France. Le plus gros budget de l’histoire du débat public, pour une participation plus que moyenne. Au final 1000€ par participant pour vraiment pas grand-chose (source : « Nucléaire, le débat public atomisé » savoureuse relation et analyse du débat public EPR).
Il ne faut pas le jeter, mais l’utiliser à bon escient et n’en attendre que ce qu’il peut offrir. D’abord, le grand public, le vrai, on ne le voit que très rarement. A 18 ou 19 heures, il est difficile de le convaincre de venir écouter des gens discourir sur un sujet qu’il ne connaît pas ou très mal, alors que personne n’essaye vraiment de se mettre à sa portée. En plus, la parole est monopolisée par les promoteurs et les opposants au projet. Pas moyen de placer une question de béotien. Si par miracle, on y arrive, on se fait rappeler à l’ordre « la réponse à votre question figure dans le dossier de 200 pages gracieusement remis à l’entrée »... Il ne faut pas rêver, Monsieur Toutlemonde ne vient pas ou si peu. Par contre, il se sert d’internet pour consulter le fameux dossier de 200 pages et poser des questions. Et là, le débat public devient un outil formidable : le dossier est rédigé par le promoteur du projet, mais validé par la Commission, de même pour les réponses aux questions. C’est l’assurance d’avoir une information totalement objective et d’obtenir une réponse claire, précise et sans langue de bois à toute question que l’on veut bien poser. Et rien que ça, c’est énorme : demander à RFF pourquoi il va faire passer sa ligne TGV là et pas là-bas, et obtenir une réponse qui tient debout !
Une autre qualité remarquable du débat public, c’est la remise en cause du Maître d’ouvrage. Il doit être capable de répondre à des questions du genre « mais quel est vraiment l’intérêt de votre projet » ? On a vu des projets abandonnés à la suite du débat public, simplement car personne n’a su répondre à cette question. C’est une merveilleuse machine à faire avorter des projets qui, de toute façon, ne seraient pas arrivés à terme. Enfin les sociologues soulignent que les réunions du débat public sont un excellent défouloir, elles permettent aux opposants de mieux se résigner si par malheur le projet était maintenu. Le processus est assez proche de celui du deuil.
En conclusion, oui le débat public est utile et important, oui, il permet d’éclairer le maître d’ouvrage qui prend ensuite sa décision de poursuivre ou non son projet en toute connaissance de cause, oui, il permet à qui le veut bien de s’informer. La CNDP a œuvré de toute son énergie pour maintenir et développer ces principes. On ne peut que lui souhaiter de persévérer dans cette voie.
Mais, il ne faut surtout pas en faire une instance décisionnelle comme d’aucuns le souhaiteraient. Les électeurs que nous sommes ont chargé leurs représentants de décider à leur place. Ne l’oublions pas !